Depuis 2022, la France a profondément modifié son approvisionnement en gaz. Le gazoduc, historiquement peu énergivore, a laissé place à un recours massif au gaz naturel liquéfié (GNL) importé par méthaniers. Cette transformation majeure n’a pourtant jamais été intégrée dans les outils réglementaires nationaux. Le Diagnostic de Performance Énergétique (DPE) continue d’attribuer au gaz un coefficient d’énergie primaire de 1,0, comme si la France consommait encore du gazoduc norvégien ou russe.
Or les données disponibles racontent une toute autre histoire.
1. Le GNL consomme 12 à 18 % d’énergie primaire supplémentaire.
La chaîne LNG est l’une des plus énergivores du secteur énergétique mondial.
Elle implique :
- Liquéfaction à –162°C : 8 à 12 % d’énergie consommée,
- Transport maritime : 2 à 3 %,
- Regazéification : 1 à 2 %.
Ces chiffres sont documentés par les agences internationales de l’énergie.
Ils signifient qu’un kWh de gaz livré en France nécessite 1,12 à 1,18 kWh d’énergie primaire.
Le coefficient réglementaire actuel ne reflète donc plus la réalité physique du produit consommé.
2. Le gaz de schiste américain présente 2 à 4 % de fuites de méthane
Une part importante du GNL importé provient du gaz de schiste américain.
Les études scientifiques convergent : l’exploitation et le transport entraînent 2 à 4 % de fuites de méthane. Et l'administration Trump a voté l'affaiblissement des procedures de surveillance de ces fuites.
Or le méthane possède un pouvoir réchauffant :
- 28 fois supérieur au CO₂ (horizon 100 ans),
- 84 fois supérieur (horizon 20 ans).
Ces fuites augmentent l’impact climatique réel du gaz de +10 à +20 %.
Là encore, le DPE ne reflète pas cette réalité.
3. Un coefficient DPE réaliste se situerait entre 1,25 et 1,35
En appliquant une simple règle de proportionnalité :
- +15 % d’énergie primaire (LNG),
- +15 % d’impact climatique équivalent (fuites CH₄),
on obtient un coefficient autour de 1,30.
C’est l’ordre de grandeur que donnerait une mise à jour fondée sur les données actuelles.
Aujourd’hui, le DPE pénalise fortement l’électricité (coefficient 1,9, probablement bientôt 1,7 au lieu des 1,5 qu'il mérite déjà) mais continue de sous‑évaluer le gaz fossile, alors même que son impact réel a augmenté. Cette incohérence oriente les ménages vers des choix qui ne correspondent plus à la situation énergétique du pays.
4. Une mise à jour du DPE est indispensable pour garantir la transparence
Ce que demandent de nombreuses voix du secteur énergétique et environnemental, c’est simple :
- Aligner les coefficients d’énergie primaire sur les données actuelles,
- Intégrer explicitement les émissions liées au LNG,
- Fournir aux ménages une information honnête et complète,
- Assurer la cohérence des politiques publiques avec les réalités physiques.
Il ne s’agit pas de promouvoir une technologie contre une autre, mais de rappeler que la politique énergétique doit s’appuyer sur des faits.
Si le gaz importé consomme davantage d’énergie primaire et émet davantage de gaz à effet de serre, alors le DPE doit le refléter.
5. La France ne peut pas ignorer durablement la réalité du LNG
Le pays a fait le choix d’importer massivement du GNL. Ce choix a un coût énergétique et climatique mesurable. Il doit être visible dans les outils réglementaires, faute de quoi les ménages, les collectivités et les professionnels prennent leurs décisions sur la base d’indicateurs obsolètes.
Conclusion
Mettre à jour le coefficient gaz dans le DPE — vers 1,25 à 1,35 — ne serait pas un geste idéologique. Ce serait simplement mettre la réglementation en conformité avec la réalité énergétique du pays.
La transparence, la cohérence et la rigueur scientifique sont des exigences minimales pour toute politique publique crédible.
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