-500 €/MWh : comment l’État subventionne le chaos énergétique en prétendant protéger le consommateur
Le yo-yo des prix n’est pas un détail : c’est le signe d’un système électrique en déroute
Prix négatifs : le symptôme qu’on veut vous cacher
Il y a quelque chose de profondément malhonnête dans la manière dont certains responsables — et une partie de la presse complaisante — tentent de banaliser les prix négatifs de l’électricité. L’article du Figaro en est un exemple caricatural : on y minimise, on relativise, on détourne l’attention. On « noie le poisson », comme si l’intermittence massive n’était qu’un léger inconfort printanier, alors qu’elle met en péril la solvabilité même des moyens pilotables qui garantissent la sécurité du système.
-500 €/MWh le 1er mai ?
On nous explique que ce n’est « pas grave », que c’est « ponctuel », que « tout s’explique » par un jour férié et du soleil. Comme si un prix négatif de cette ampleur était un phénomène naturel, presque bucolique.
Non : c’est le symptôme d’un système déséquilibré, mal conçu, incapable d’absorber sa propre production.
1. Le récit officiel : “circulez, il n’y a rien à voir”
RTE, par la voix de Thomas Veyrenc, déroule le discours rassurant habituel :
- « bouclier contre le gaz »,
- « prix ponctuel »,
- « flexibilité des ENRi »,
- « tout va bien, le système fonctionne ».
Ce discours est devenu un mantra. Il évite soigneusement la question centrale :
comment un système peut-il rester solvable si ses moyens pilotables voient leur revenu s’effondrer à cause de prix négatifs récurrents ?
Car oui, les yoyos de prix ne sont pas un détail. Ils sont structurels, croissants, et directement liés à l’intermittence de masse.
2. L’article oublie volontairement le coût réel : celui pour l’État, donc pour le contribuable
L’article glisse presque innocemment que les prix négatifs coûteront 8 à 10 milliards d’euros cette année.
Huit à dix milliards.
Pour payer des producteurs… à ne pas produire.
Et on voudrait nous faire croire que le consommateur « profite » de cette situation ?
Le consommateur peut-être, le contribuable certainement pas.
3. L’intermittence “flexible” : un storytelling qui ne résiste pas à l’analyse
On nous explique que les éoliennes et panneaux solaires sont « flexibles », qu’ils peuvent « s’arrêter en quelques minutes ».
Très bien.
Mais alors pourquoi construire des capacités qu’on sait devoir arrêter régulièrement ?
Pourquoi subventionner massivement des moyens dont la production doit être jetée à la poubelle plusieurs dizaines de jours par an ?
La réponse est simple :
parce que le système est construit à l’envers.
On ajoute de l’intermittent sans se demander comment l’intégrer, puis on demande au pilotable de s’adapter, puis on demande au contribuable de payer la casse.
4. Le discours “l’offre doit précéder la demande” : un sophisme dangereux
Comparer la construction de capacités électriques à celle d’aéroports est une absurdité.
Un aéroport ne sature pas quand il fait beau.
Un aéroport ne doit pas payer les passagers pour qu’ils embarquent.
Un aéroport ne met pas en faillite les autres infrastructures de transport.
L’électricité n’est pas un marché comme les autres.
Elle doit être produite à la seconde près, équilibrée en permanence, et rémunérer ses moyens pilotables.
5. Le vrai risque : la destruction économique des moyens pilotables
Les prix négatifs répétés :
- réduisent les revenus des centrales pilotables,
- fragilisent leur maintenance,
- découragent l’investissement,
- augmentent le risque de fermeture anticipée,
- et donc accroissent la dépendance… aux énergies fossiles importées.
C’est exactement ce que l’article refuse de dire.
6. Le système actuel n’est pas “souverain” : il est instable
On ne renforce pas la souveraineté énergétique d’un pays en :
- subventionnant massivement des moyens intermittents,
- détruisant la rentabilité des moyens pilotables,
- payant des milliards pour absorber des excédents,
- espérant que la consommation future “remontera”.
C’est un pari idéologique, pas une stratégie énergétique.
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Conclusion : il est temps d’arrêter de maquiller la réalité
Les prix négatifs ne sont pas un épiphénomène.
Ils ne sont pas un “accident météorologique”.
Ils ne sont pas un “bon signe” pour le consommateur.
Ils sont le signal d’alarme d’un système déséquilibré, coûteux, instable, et dangereux pour la sécurité d’approvisionnement.
Continuer à les minimiser, comme le fait cet article, c’est refuser de regarder en face la fragilité croissante du mix électrique français.
Et c’est préparer les conditions d’une crise future — une vraie, cette fois.
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