samedi 1 août 2009

Libé : "De l’impuissance linguistique à la violence"


On le savait, mais ca fait pas de mal de le rabacher...?

Libération :

De l’impuissance linguistique à la violence

Par ALAIN BENTOLILA linguiste.

Portiques, fouilles, brigades, autant de gesticulations des politiques qui ne considèrent que l’écume des choses. S’il était aussi simple de supprimer les actes de violence en confisquant les instruments de la violence on le saurait et tout serait simple ; aussi simple que d’éradiquer l’illettrisme en imposant une méthode de lecture syllabique.

Si nos enfants - je dis bien nos enfants - passent à l’acte plus vite et plus fort, c’est parce que ni nous ni leurs maîtres n’avons su leur transmettre la capacité de mettre pacifiquement en mot leur pensée pour l’Autre. Un élève sur dix environ quitte aujourd’hui notre système scolaire en situation d’insécurité linguistique. Ils sont incapables de dire leur pensée au plus juste de ses intentions ; ils sont tout aussi incapables de recevoir la pensée d’un autre avec autant de bienveillance que de vigilance. Leur drame n’est pas de ne pas savoir parler selon les règles, leur drame est que l’école n’a pas su leur donner le goût de l’Autre. L’insécurité linguistique, parce qu’elle condamne certains des élèves à un enfermement subi, à une communication rétrécie, rend difficile toute tentative de relation pacifique, tolérante et maîtrisée avec un monde devenu hors de portée des mots, indifférent au verbe. Réduite à la proximité et à l’immédiat, la parole n’a pas le pouvoir de créer un temps de sereine négociation linguistique seule capable d’éviter le passage à l’acte violent et à l’affrontement physique.

Cette parole alors éruptive n’est le plus souvent qu’un instrument d’interpellation brutale et d’invective qui banalise l’insulte et annonce le conflit plus qu’elle ne le diffère. Confinée dans le cercle étroit des «alter ego», elle n’autorise que de rares perspectives d’analyse et de problématisation. Cette impuissance linguistique impose alors que l’on utilise d’autres moyens pour imprimer sa marque : on altère, on meurtrit, on casse parce que l’on ne peut se résigner à ne laisser ici-bas aucune trace de son éphémère existence. Novembre 2006 ; j’accompagne ma fille, convoquée au tribunal d’instance de C. Nous y arrivons à 14 heures et en sortirons vers 18 heures. Quatre heures pendant lesquelles nous assistons, d’abord amusés, puis atterrés, à une parodie de justice sur fond d’illettrisme.

Sur l’estrade, un président sévère et renfrogné, qui ne lèvera pratiquement pas les yeux de tout l’après-midi sur les prévenus. A ses côtés, un procureur tout en bons mots, aphorismes et phrases fleuries ; nous eûmes droit à : «Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse», «Qui vole un œuf vole un bœuf», puis en montant un peu la barre : «Une bonne confession vaut mieux qu’une mauvaise excuse» et enfin, en guise d’apothéose : «O tempora ! O mores !» En bas, à la barre, quelques avocats pressés, sans connaissance réelle des dossiers et sans aucune relation avec leurs «clients», ces derniers tous blacks et beurs, en uniforme de la cité, sweats et baskets, répondent aux questions par des tronçons de phrases sur un rythme haché et accéléré.

Tout l’après-midi se sont ainsi succédé douze jeunes ; pas un seul n’a tenté d’articuler la moindre explication, de construire la moindre argumentation. Vers 17 heures est appelé à la barre un jeune homme ; il est grand, costaud ; il écoute le président qui rappelle les faits qui lui sont reprochés : en bref, vol de dix CD dans une grande surface et ce pour la deuxième fois. C’est là que le procureur nous a gratifiés d’un «Tant va la cruche à l’eau…» et s’est lancé dans un long discours de fort belle facture sur la protection des citoyens et la vertu du châtiment. Plusieurs fois, le jeune prévenu se penche en avant, empoignant la barre avec une force qui fait saillir les muscles de son cou ; il tente de parler, émet quelques mots saccadés : «C’est pas voler…» «Je les ai déjà.» Ses tentatives sont noyées sous le flot continu du laïus du procureur ; la tension devient palpable à mesure que se révèlent vains ses essais d’intervention. Le procureur s’arrête enfin : «Alors, de quoi voulez-vous donc nous entretenir qui ne puisse attendre l’ultime fin de ma péroraison (sic) ?» Et le jeune répète «C’est pas voler ; je l’ai déjà.» «Mais bien sûr que vous l’avez puisque vous l’avez volé !» La tension monte encore d’un cran, des insultes sourdes sont marmonnées que le procureur tourne en dérision : «Expliquez-vous donc au lieu de grogner comme un animal !» Et survient alors ce qui me paraissait inévitable : l’adolescent saute par-dessus la barre, bondit sur l’estrade et empoigne le procureur au collet. L’agresseur est ceinturé et menotté ; il sera traduit en comparution immédiate et écopera de plusieurs mois de prison ferme. Il fallait que la justice passe et elle est passée. Violence sur un magistrat dans l’exercice de ses fonctions, c’était un délit grave et il fut justement puni.

Mais jamais comme ce jour-là, je n’ai ressenti un tel sentiment d’impuissance, jamais ne m’est apparu avec autant d’évidence l’enchaînement fatal entre impuissance linguistique et passage à l’acte violent. Ce jeune tentait désespérément de donner une explication - vraisemblablement mensongère d’ailleurs - selon laquelle il n’avait pas volé les CD ; il venait, prétendait-il, les échanger parce qu’il les avait déjà. Mais lui manquaient les mots pour se faire comprendre, mais lui faisaient défaut les structures pour convaincre. L’humiliation de ne pas maîtriser ce qui fait le propre de l’homme, l’exaspération de n’avoir pas l’espace et les moyens de faire entendre son «beau mensonge» le conduisirent inéluctablement à l’agression. Il ne s’agit pas, bien sûr, de justifier un acte violent, inacceptable, il faut tenter simplement d’en comprendre les articulations. 16 ans, encore élève d’un lycée professionnel, citoyen français, il avait subi pendant treize à quatorze ans une obligation scolaire qui ne lui avait pas donné les mots pour laisser une trace de lui-même sur l’intelligence des autres.

D'autres peintres magnifiques...


Cabanel





Rochegrosse











La costumière Jenny Carré, une passionnée !







Peintures de Domergues, vous aimez ?

Que ce soit à vendre dans une galerie rue Saint Honoré (ci dessous) ou bien ses affiches, vous aimez ?






























mardi 28 juillet 2009

Flashmob MJ


Initiative conviviale et contemporaine : le Flasmob de MJ ! (Cliquer sur les videos en plein écran)

dimanche 28 juin 2009

"Cohn-Bendit et la méthode Goldstein"





Un article provocateur mais qui titille l'esprit de vigilance du démocrate qui se croit averti ?

Causeur.fr :

On connaît le contresens régulièrement fait sur 1984, le chef d’œuvre de George Orwell : cette terrifiante fable totalitaire, ce requiem désespéré de l’homme face au totalitarisme assisté par la technologie a souvent été assez banalement lue comme un pamphlet antistalinien. Ce livre l’est en partie, bien entendu, mais le réduire à cela équivaudrait à lire L’Odyssée comme un récit de voyage à la Bruce Chatwin ou La Recherche comme un Who’s who de l’aristocratie française juste avant la guerre de 1914.



De fait, depuis la disparition du Mur de Berlin (vingt ans déjà, comme le temps passe…), 1984 apparaît enfin pour ce qu’il est : une description très précise du fonctionnement des démocraties de marché et ce, jusque dans ses moindres détails. Quelques exemples parmi d’autres : l’utilisation de la novlangue par exemple, ce langage censé empêcher tout recul critique et éviter les crimes-pensées. La novlangue, chez Orwell, consiste à persuader les citoyens à force de propagande que les mots veulent dire le contraire de ce qu’ils signifient, à l’image de la devise de
Big Brother :

La guerre, c’est la paix.
La liberté, c’est l’esclavage.
L’ignorance, c’est la force.

Et ne devons-nous pas admettre que nous sommes dans un pays où, pour tous les commentateurs autorisés à pérorer sur toutes les chaînes de télé et dans une grande partie des journaux :

La réforme, c’est la régression sociale.
Le conservatisme, c’est l’attachement à l’égalité.
Le privilégié, c’est le prof à 1400 euros en début de carrière ?

Un autre exemple des analogies troublantes entre l’Angsoc d’Océania et le néo-libéralisme de ces temps-ci ? La Semaine de la Haine, décrite avec un réalisme saisissant à plusieurs reprises dans le roman : chaque jour, pendant une minute, on se réunit sur son lieu de travail pour conspuer ensemble devant un télécran l’ennemi du moment. Estasia ou Eurasia, peu importe, ça peut changer du jour au lendemain, l’important c’est de haïr pour souder encore davantage le groupe. Et gare à celui qui n’invectivera pas suffisamment, il sera suspecté de tiédeur et vite éliminé par la Police de la Pensée. Pour les grandes occasions, la minute de la haine se transforme en Semaine. Et Dieu sait qu’on en a connu des Semaines de la Haine, en France, ordonnées par l’appareil politico-médiatique. Souvenez-vous, dans les années 1990, il fallait haïr les Serbes et les électeurs du Front National. Dans les années 2000, il sera très bien porté de haïr le musulman et/ou le juif, l’important étant surtout d’accroître les tensions communautaires pour empêcher tout mouvement social. La Semaine de la Haine peut aussi se décliner sur un mode mineur, au gré des besoins du système : on focalisera une fois sur le pédophile, une autre fois sur le fonctionnaire. Le fonctionnaire pédophile, en l’occurrence le prof, offre l’avantage de faire coup double et revient de ce fait régulièrement à la “une” des gazettes.

Mais là où le génie prophétique d’Orwell donne toute sa mesure, c’est avec Goldstein. Dans 1984, Goldstein, après avoir été compagnon de Big Brother, est entré en dissidence puis se serait enfui à l’étranger d’où il tenterait de renverser le chef bien-aimé. Cet opposant dont le lecteur finit par se demander s’il existe vraiment tant il est caricatural est en fait là pour polariser toute l’attention et ne représente aucun danger réel pour le pouvoir en place.



Le premier à avoir utilisé la méthode Goldstein, c’est François Mitterrand. En inventant Le Pen qui n’était jusqu’aux Européennes de 1984 (tiens, tiens, quelle coïncidence…) que le chef d’une coalition hétéroclite de vieux roycos, pétainistes, cathos intégristes et païens tendance ND, il a durablement assuré son pouvoir. Il a permis à la droite de se déchirer joyeusement, aux intellectuels de gauche de faire semblant de penser à gauche sans jamais avoir à écrire le mot “ouvrier” et à stigmatiser toute volonté d’aider le peuple sous la très disqualifiante appellation de “populisme”.

Mitterrand était intelligent, instinctif et avide de pouvoir absolu.
Sarkozy, qui possède au moins deux de ces trois caractéristiques, a décidé d’utiliser aussi la méthode Goldstein. Il a d’abord essayé avec Besancenot et le NPA. L’acmé médiatique de cette stratégie est apparue dans toute sa splendeur au cours de “À vous de juger”, quand Arlette Chabot fit littéralement des câlins en direct au facteur de la IVe internationale. C’est vrai qu’il était bien, ce petit : il faisait peur au bourgeois, piquait des voix aux socialistes et dans le même temps proclamait son refus de toute alliance et donc son innocuité totale pour le pouvoir en place. Je dis “était” parce qu’il n’a pas eu la même vista que Le Pen, et que les ouvriers en grève ont fini par le trouver lassant, voire encombrant, avec ses discours de jeune homme qui en matière d’action politique veut garder les mains blanches mais n’a pas de mains.

Alors, divine surprise, le score de la liste Europe-Ecologie est arrivé. Et avec lui, Cohn-Bendit le retour, II ou III, on ne sait plus trop bien1. Cohn-Bendit est un Goldstein idéal : il incarne 68 qui est un formidable repoussoir pour la vieille droite, il représente jusqu’à la caricature le vote bobo, ce qui ne lui permettra jamais d’agréger le vote populaire et il ne représente aucun danger pour l’économie de marché puisqu’en bon libéral-libertaire, il l’aime presque autant qu’un bon tarpé.

Big Brother a gagné. Totalement. Goldstein en est devenu tellement inoffensif qu’on pourrait presqu’en faire un ministre d’ouverture.

dimanche 7 juin 2009

"Economies d'énergie, énergies renouvelables, maintien du parc nucléaire"

Comme J.L Borloo l'annonce dans l'interview cité dans le blog que je tiens pour le compte de l'AEPN, la France semble vouloir réorienter sa politique énergétique.

Effet d'annonce ou réelle inflexion ? on peut douter de la sincérité d'un gouvernement qui manie avec autant de talent l'hypocrisie et le calcul électoral...

Alors, vivement qu'on puisse se passer de nucléaire; en attendant, vu la volonté réelle du peuple, les autres solutions réalistes à court terme sont pires ...(charbon, pétrole). Agissons ! Vite !