L'article sur psychomotivation.net et sa bibliographie en fin...
"...jusqu'aux XVIIème et XVIIIème siècles, le problème restait avant tout celui de la survie: se nourrir, se vêtir, s'abriter, se soigner, assurer le minimum restait la préoccupation de l'immense majorité des gens. Mais aujourd'hui, dans le cadre de notre société industrielle hyper-productiviste, apparaît la question au rapport au travail. C'est une notion qui jadis ne se discutait même pas.
Aujourd'hui, on commence à prendre conscience que le propre de l'homme c'est l'activité et non le travail. Le mot travail n'a été employé en France qu'à partir du XVIIe siècle. Auparavant on disait labourer ou œuvrer. Labourer parce que la France était un pays agricole, œuvrer puisque l'artisanat (l'œuvre, le chef-d'œuvre, le maître-d'œuvre, le compagnonnage) était alors prépondérant. Le mot travail est venu avec la société industrielle: travailler, c'est travailler dans les fabriques.
Le terme dérive du latin Tripalium, instrument de torture où l'on accrochait les animaux pour les saigner. Le terme garde encore cette imprégnation de pénibilité : on dit « un problème me travaille », c'est-à-dire me tourmente; on dit aussi une « femme en travail », une femme qui enfante dans les douleurs.
Freud a déjà parlé du travail libre et du travail lié en montrant que le travail libre ne concernait que cinq pour cent des gens, et que le travail lié à l'obligation de produire occupait tous les autres. Friedmann a parlé du travail en miettes. Quoi qu'il en soit du sens que peut prendre ce terme (il peut naturellement aussi être très positif s'il ouvre sur une créativité ou des solidarités vitales), il est vrai qu'il y a actuellement, malgré la pression due au chômage, une interrogation touchant au travail en tant que source d'épanouissement de l'individu. Cela bien sûr ne vaut encore que pour nos sociétés, disons occidentales au sens large.
..."
jeudi 18 mars 2010
Philippe Séguin, après l'éloge, l'heure de la critique objective ?
Emotif, social, et perclu de contradictions, Philippe Séguin n'a pas laissé indifférent. Après le flot d'éloges post-mortem instrumentalisées par son camp, est-il temps désormais de porter un regard un peu plus lucide ?
Vilipendé par la droite extrème, comme tout modéré en son camp, voila à mon avis le bilan qu'on peut en faire :
A porter à son crédit, son indépendance d'esprit (non feinte ou tactique ?), qui l'a conduit à prendre des positions courageuses :
- La défense de l'école laïque, du bouclier social, héritage gaulliste de l'esprit du conseil de la résistance,
- Son indépendance quand la cour des comptes critique les frasques de notre fantoche à l'Elysée
- Son raillonnement à l'internationnal, au BIT et pour les cours des comptes du monde et de l'ONU,- Ardent défenseur du métissage et de l'enrichissement mutuel des peuples, ainsi que d'une modernité des moeurs (le PACS),
Au débit :
- Son souverainisme étroit, même si utile comme contre-pouvoir d'une Europe bureaucratique et libérale (cf. son discours pour Maastricht),
- Ses amitiés troubles avec des para-mafieux (Pasqua, le SAC, et d'autres)
- Ses trahisons, (mais est-ce finalement un crime en politique ? tout dépend la fréquence et la manière ?)
On retiendra de lui sa fibre sociale, et son dévouement de travailleur acharné pour la République.
dimanche 28 février 2010
Livre : "Ce n'est rien qu'un Président qui nous fait perdre du temps" !
Pourquoi faut-il que notre démocratie place les meilleurs candidats au pouvoir, et pas les meilleurs gouvernants ? (Chirac plutot que Balladur, Sarkozy plutot que Jospin !) et des Bonapartistes (Villepin, Sarkozy) ou des légitimistes (Mitterand ?) plutot que des Orléanistes ! ;-)
Pas dangereux Sarkozy ? pas autant que certains le craignent, mais suffisamment pour faire gravement regresser socialement et démocratiquement le pays ! à l'heure du taux de suicide record, de l'échec scolaire, du chomage massif, des discriminations écartant une partie des forces vives de la nation, etc..., c'est inadmissible ! Reveillez-vous !
Vivement un régime parlementaire, et un président du 21ème siècle, intégre, humble, lucide et indépendant.
A ce propos, voici un livre réjoissant, qu'on aurait pu écrire :
Résumé
A mi-mandat, l'éditorialiste politique de France Inter fait un bilan de la présidence de N. Sarkozy et dénonce les réformes stoppées dans l'embouteillage législatif n'aboutissant qu'à des mesures vidées de leur substance. Il en conclut que le président de droite, libéral pas très convaincu, pragmatique et opportuniste, ne peut pas accomplir la modernisation nécessaire à la vie politique française.
Quatrième de couverture
Ce n'est rien Qu'un président Qui nous fait perdre du temps Alors si ce n'est rien, pourquoi en parle-t-on autant ? Les commentateurs de la vie politique se trouvent dans la situation de leurs confrères commentateurs sportifs devant un match de foot au cours duquel le joueur vedette de l'équipe de France monopoliserait le ballon pour s'épuiser en figures incroyables. Il faudrait s'extasier, applaudir la dextérité de l'artiste, la précision du jongleur ou bien dénoncer la frime, le jeu perso et l'accaparement. Puis constater à la mi-temps qu'il n'y a toujours pas de but marqué. Rien. À mi-mandat, on attend la grande réforme. Au-delà d'une parole effrénée empreinte de volontarisme, on cherche la rupture, la modernité, la gouvernance modeste et transparente. Que sont devenus les marqueurs idéologiques du sarkozysme, le « travailler plus pour gagner plus » (impraticable), la « discrimination positive » (abandonnée), la « laïcité positive » (oubliée), la « reforme de la Françafrique » (même pas essayée), l'« immigration choisie » (infaisable), la « politique de civilisation » (disparue), le « Grand Paris » (une ligne de métro) ? Ce n'est rien, Nicolas Sarkozy ne représente donc pas un danger pour la République. Il n'est qu'un Président banalement de droite, un pragmatique opportuniste dont le ton péremptoire n'a d'égal que sa capacité au revirement. Une perte de temps pour la modernisation de la vie politique française. Un Jacques Chirac en sueur, le dernier Président du XXe siècle.
ProfessionPolitique.info :
22/02/2010
Thomas Legrand
Ce n’est rien qu’un président qui nous fait perdre du temps
Le sarkozysme (avec un "y" et pas un "i") "n’est pas une idée, c’est une ambition." Une méthode efficace pour accéder au pouvoir, nettement moins pour gouverner. Contre ceux qui estiment que Nicolas Sarkozy en fait trop et trop vite, c’est la thèse que défend brillamment l’éditorialiste politique de France Inter. Au bout de deux ans et demi de mandat, l’action du Président se résume surtout à des tentatives avortées (le "plan Marshall" pour les banlieues), à des revirements (instaurer une "discrimination positive") ou à des réformes a minima (la loi sur les régimes spéciaux de retraites).
L’erreur de Nicolas Sarkozy, dit Thomas Legrand, est qu’il "surestime toujours le pouvoir de sa propre parole", pensant par exemple qu’il lui suffit de proclamer que les paradis fiscaux n’existent plus pour que ce soit vrai. La confrontation à la réalité est parfois douloureuse, comme en matière de sécurité : "la violence ne baisse pas, le président ne change pas de politique (…), il fait convoquer les préfets pour leur tenir un discours. Il leur remonte les bretelles ! Tout le monde comprendra que passer un savon à un préfet sans lui donner l’ordre de changer de méthode ou sans lui donner de moyens supplémentaires ne changera rien !"
Le volontarisme affiché ne serait qu’un écran de fumée, tout comme la politique d’ouverture pratiquée par un Président "banalement de droite" qui, malgré ses méthodes modernes de communication, "excelle dans la réforme des attributs classiques de la droite colbertiste, de la droite interventionniste (…), digne successeur de Jacques Chirac".
Un immobilisme et une absence de résultats concrets – inversement proportionnels à l’agitation déployée – qui devraient aussi bien rassurer les antisarkozystes, trop prompts selon l’auteur à voir en Nicolas Sarkozy un danger pour la République, que décevoir ceux qui attendaient beaucoup des promesses de "rupture" du candidat de 2007. La relecture de la déclaration de son spot de campagne est là pour illustrer cruellement le décalage.
Stock, 160 pages, 12 euros.
Le Monde :
De quoi Sarkozy est-il le nom ? Au mieux, d'une ambition ; plus sûrement, d'une "banale aventure de droite", qui ne se distingue des précédentes que par "une agitation permanente et bien souvent stérile". Tel est le diagnostic du chroniqueur politique de France Inter, Thomas Legrand, dans un petit livre percutant et intelligent. Au fond, résume-t-il d'une formule destinée à rester, l'actuel résident de l'Elysée ne serait qu'un "Chirac en sueur".
La sueur est celle de ce décathlonien de la politique qui, depuis toujours et depuis trois ans plus encore, parle, discourt, commande et commente, apostrophe et fustige, annonce des réformes incessantes et invente "le mouvement perpétuel en guise d'action, ou plutôt l'action continue en guise de résultat". Comme s'il suffisait qu'il bouge pour que la France fasse de même. Comme s'il suffisait qu'il parle pour que les choses changent.
Or c'est bien le problème depuis le début du quinquennat, note le chroniqueur : la réalité résiste au discours présidentiel, si péremptoire soit-il. Et l'inventaire - non exaustif - est cruel des audaces qui ont fait "pschitt", comme aurait dit son prédécesseur. De la laïcité positive à la discrimination du même nom, de la fin de la Realpolitik à celle de la Françafrique, de la politique de civilisation au pragmatisme courageux qui s'avère un art de la "conciliation en douce", combien de discours n'ont tenu que le temps d'un slogan, au gré de la conjoncture et sans souci excessif de cohérence.
Bref, on est loin de la "rupture" annoncée. Et tout autant de la "dictature" redoutée par certains. "En guise de réforme d'avenir et de courage politique, nous vivons le retour d'une droite bonapartiste, colbertiste et centralisatrice, qui se donne des airs de XXIe siècle en communiquant avec les outils de notre époque", note Thomas Legrand.
Inutile donc de s'alarmer, lance-t-il, moqueur : le sarkozysme "n'est pas une maladie grave" ; ce n'est que la droite, banale au bout du compte, derrière la débauche d'énergie. Survitaminée aux sondages et autres enquêtes qualitatives, dont Nicolas Sarkozy fait une consommation inégalée, certes, comme le souligne l'auteur de façon détaillée. Mais toujours prisonnière de la vieille pompe républicaine et impuissante en réalité, hormis l'hyperactivité, à moderniser la pratique de la politique et à sortir des "monologues sécurisés" du pouvoir. "Un Chirac en sueur", donc.
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CE N'EST RIEN QU'UN PRÉSIDENT QUI NOUS FAIT PERDRE DU TEMPS de Thomas Legrand. Stock, 160 p., 12 €.
Gérard Courtois
Pas dangereux Sarkozy ? pas autant que certains le craignent, mais suffisamment pour faire gravement regresser socialement et démocratiquement le pays ! à l'heure du taux de suicide record, de l'échec scolaire, du chomage massif, des discriminations écartant une partie des forces vives de la nation, etc..., c'est inadmissible ! Reveillez-vous !
Vivement un régime parlementaire, et un président du 21ème siècle, intégre, humble, lucide et indépendant.
A ce propos, voici un livre réjoissant, qu'on aurait pu écrire :
Résumé
A mi-mandat, l'éditorialiste politique de France Inter fait un bilan de la présidence de N. Sarkozy et dénonce les réformes stoppées dans l'embouteillage législatif n'aboutissant qu'à des mesures vidées de leur substance. Il en conclut que le président de droite, libéral pas très convaincu, pragmatique et opportuniste, ne peut pas accomplir la modernisation nécessaire à la vie politique française.
Quatrième de couverture
Ce n'est rien Qu'un président Qui nous fait perdre du temps Alors si ce n'est rien, pourquoi en parle-t-on autant ? Les commentateurs de la vie politique se trouvent dans la situation de leurs confrères commentateurs sportifs devant un match de foot au cours duquel le joueur vedette de l'équipe de France monopoliserait le ballon pour s'épuiser en figures incroyables. Il faudrait s'extasier, applaudir la dextérité de l'artiste, la précision du jongleur ou bien dénoncer la frime, le jeu perso et l'accaparement. Puis constater à la mi-temps qu'il n'y a toujours pas de but marqué. Rien. À mi-mandat, on attend la grande réforme. Au-delà d'une parole effrénée empreinte de volontarisme, on cherche la rupture, la modernité, la gouvernance modeste et transparente. Que sont devenus les marqueurs idéologiques du sarkozysme, le « travailler plus pour gagner plus » (impraticable), la « discrimination positive » (abandonnée), la « laïcité positive » (oubliée), la « reforme de la Françafrique » (même pas essayée), l'« immigration choisie » (infaisable), la « politique de civilisation » (disparue), le « Grand Paris » (une ligne de métro) ? Ce n'est rien, Nicolas Sarkozy ne représente donc pas un danger pour la République. Il n'est qu'un Président banalement de droite, un pragmatique opportuniste dont le ton péremptoire n'a d'égal que sa capacité au revirement. Une perte de temps pour la modernisation de la vie politique française. Un Jacques Chirac en sueur, le dernier Président du XXe siècle.
ProfessionPolitique.info :
22/02/2010
Thomas Legrand
Ce n’est rien qu’un président qui nous fait perdre du temps
Le sarkozysme (avec un "y" et pas un "i") "n’est pas une idée, c’est une ambition." Une méthode efficace pour accéder au pouvoir, nettement moins pour gouverner. Contre ceux qui estiment que Nicolas Sarkozy en fait trop et trop vite, c’est la thèse que défend brillamment l’éditorialiste politique de France Inter. Au bout de deux ans et demi de mandat, l’action du Président se résume surtout à des tentatives avortées (le "plan Marshall" pour les banlieues), à des revirements (instaurer une "discrimination positive") ou à des réformes a minima (la loi sur les régimes spéciaux de retraites).
L’erreur de Nicolas Sarkozy, dit Thomas Legrand, est qu’il "surestime toujours le pouvoir de sa propre parole", pensant par exemple qu’il lui suffit de proclamer que les paradis fiscaux n’existent plus pour que ce soit vrai. La confrontation à la réalité est parfois douloureuse, comme en matière de sécurité : "la violence ne baisse pas, le président ne change pas de politique (…), il fait convoquer les préfets pour leur tenir un discours. Il leur remonte les bretelles ! Tout le monde comprendra que passer un savon à un préfet sans lui donner l’ordre de changer de méthode ou sans lui donner de moyens supplémentaires ne changera rien !"
Le volontarisme affiché ne serait qu’un écran de fumée, tout comme la politique d’ouverture pratiquée par un Président "banalement de droite" qui, malgré ses méthodes modernes de communication, "excelle dans la réforme des attributs classiques de la droite colbertiste, de la droite interventionniste (…), digne successeur de Jacques Chirac".
Un immobilisme et une absence de résultats concrets – inversement proportionnels à l’agitation déployée – qui devraient aussi bien rassurer les antisarkozystes, trop prompts selon l’auteur à voir en Nicolas Sarkozy un danger pour la République, que décevoir ceux qui attendaient beaucoup des promesses de "rupture" du candidat de 2007. La relecture de la déclaration de son spot de campagne est là pour illustrer cruellement le décalage.
Stock, 160 pages, 12 euros.
Le Monde :
De quoi Sarkozy est-il le nom ? Au mieux, d'une ambition ; plus sûrement, d'une "banale aventure de droite", qui ne se distingue des précédentes que par "une agitation permanente et bien souvent stérile". Tel est le diagnostic du chroniqueur politique de France Inter, Thomas Legrand, dans un petit livre percutant et intelligent. Au fond, résume-t-il d'une formule destinée à rester, l'actuel résident de l'Elysée ne serait qu'un "Chirac en sueur".
La sueur est celle de ce décathlonien de la politique qui, depuis toujours et depuis trois ans plus encore, parle, discourt, commande et commente, apostrophe et fustige, annonce des réformes incessantes et invente "le mouvement perpétuel en guise d'action, ou plutôt l'action continue en guise de résultat". Comme s'il suffisait qu'il bouge pour que la France fasse de même. Comme s'il suffisait qu'il parle pour que les choses changent.
Or c'est bien le problème depuis le début du quinquennat, note le chroniqueur : la réalité résiste au discours présidentiel, si péremptoire soit-il. Et l'inventaire - non exaustif - est cruel des audaces qui ont fait "pschitt", comme aurait dit son prédécesseur. De la laïcité positive à la discrimination du même nom, de la fin de la Realpolitik à celle de la Françafrique, de la politique de civilisation au pragmatisme courageux qui s'avère un art de la "conciliation en douce", combien de discours n'ont tenu que le temps d'un slogan, au gré de la conjoncture et sans souci excessif de cohérence.
Bref, on est loin de la "rupture" annoncée. Et tout autant de la "dictature" redoutée par certains. "En guise de réforme d'avenir et de courage politique, nous vivons le retour d'une droite bonapartiste, colbertiste et centralisatrice, qui se donne des airs de XXIe siècle en communiquant avec les outils de notre époque", note Thomas Legrand.
Inutile donc de s'alarmer, lance-t-il, moqueur : le sarkozysme "n'est pas une maladie grave" ; ce n'est que la droite, banale au bout du compte, derrière la débauche d'énergie. Survitaminée aux sondages et autres enquêtes qualitatives, dont Nicolas Sarkozy fait une consommation inégalée, certes, comme le souligne l'auteur de façon détaillée. Mais toujours prisonnière de la vieille pompe républicaine et impuissante en réalité, hormis l'hyperactivité, à moderniser la pratique de la politique et à sortir des "monologues sécurisés" du pouvoir. "Un Chirac en sueur", donc.
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CE N'EST RIEN QU'UN PRÉSIDENT QUI NOUS FAIT PERDRE DU TEMPS de Thomas Legrand. Stock, 160 p., 12 €.
Gérard Courtois
OSONS la réforme de l'ortaugrafe !
Urgence pour l'ascenceur social, limitation de l'élitisme, souffrance psychique de la jeunessse face à une grammaire complexe et des exceptions archaïques dans l'orthographe : modernisation de la France ? Que nenni !
Le conservatisme rêgne sur la langue ! Osons la réforme ! vite !
L'article de Libération : redonne espoir !
"Un discret cercle de réflexion, auquel contribuent d’éminents linguistes, tente de rationaliser l’orthographe du français. Un travail de Titan."
Rendez vous rue des Pyramides à Paris, 14 h 30, au siège de la la Délégation générale à la langue française et aux langues de France (la DGLFLF) du ministère de la Culture . Montez au 4e, filez à gauche dans le couloir, happez une revue sur «l’intercompréhension entre locuteurs de langues apparentées» et une autre sur «l’illettrisme en France», ouvrez la porte du fond. Vous y êtes. Ils y sont. Onze hommes autour d’une table en U, de 27 à 83 ans. Présentations. Deux de la DGLFLF, spécialistes des langues de France, un linguiste de la commission nationale de toponymie, un tout jeune docteur en sciences du langage, trois enseignants (dont un Bruxellois), un militaire en retraite, un artiste-peintre licencié en lettres, un traducteur d’anglais dans un organisme onusien. Et au centre : Claude Gruaz, linguiste, directeur de recherche honoraire au CNRS. Un vétéran de la recherche sur l’orthographe du français, qui a dirigé, douze ans durant, l’unique laboratoire du CNRS dédié à ce thème.
C’est lui qui nous avait appelés après que s’étaient éteints les débats de rentrée sur les maltraitances de l’écriture. Le livre de François de Closets, Zéro faute, rendant grâce aux correcteurs informatiques, avait échauffé ce qui est selon l’écrivain «une passion française» pour l’orthographe. L’hiver venant, celle-ci s’était refroidie, mais pas partout. Pas chez les linguistes et «usagers de la langue» participant aux recherches du groupe «Etudes pour une rationalisation de l’orthographe française», collectif informel dont la réunion mensuelle est hébergée, cet après midi-là, par la DGLFLF. De ce discret cercle de réflexion fort de 28 membres et auquel contribuent d’éminents linguistes comme Micheline Sommant, auteure des dictées de Pivot et professeure à la Sorbonne, Michèle Lenoble-Pinson (université de Bruxelles) ou Annie Desnoyers (université de Montréal) est issue en octobre l’association Erofa, ouverte au plus grand public (1).
«Guillerète» et «zigounète»
«Pourquoi écrire "aquarelle"avec un e sans accent et deux l, mais "modèle" avec un e accentué et un seul l ? "Antenne" avec deux n, mais "arène" avec un seul n ? "Toilettage" avec deux t, mais "étage" avec un seul t ?» Bref, peut-on en finir avec cet arbitraire? C’est l’épineuse question à l’ordre du jour. Elle va engager deux heures de débats vifs. Le doublement de consonne après le e constitue l’une des grandes difficultés de l’orthographe, répondant à des règles compliquées assorties d’un régiment d’exceptions. Le collectif étudie une solution : opter systématiquement pour le e accentué. En vertu de quoi, 2 500 mots seraient modifiés, de «abérant» à «endéter», «guillerète» et «zigounète»… Déraisonnable ? Rationnel. «Comprenez bien, nous avait prévenu Claude Gruaz. Nous ne croyons pas au grand soir orthographique, à une réforme outrancière qui ferait hurler tout le monde et ne passerait jamais. Encore moins à un système phonographique, absurde ! Imaginez, on écrirait "porter", "portée", portées", "portai", "portait", "portaient" avec deux graphies : "porté" et "portè" ! Non, nous menons modestement des études pour voir s’il est possible de ra-tio-na-li-ser l’orthographe. C’est-à-dire renforcer, autant que possible, les régularités qui structurent l’écriture du français.» Un exemple ? «Le pluriel des noms s’écrit le plus souvent avec s. Mais parfois avec un x : "choux", "chevaux"… Il y a donc deux possibilités. Et bien, c’est une de trop !» Claude Gruaz a trouvé la métaphore : «L’orthographe du français est comparable au Paris d’avant 1850 : un ensemble de rues et d’impasses qui s’enchevêtrent et dans lesquelles on ne s’aventure jamais sans redouter un traquenard. Nous voulons remplacer ce dédale par de grandes avenues où l’on circulerait aisément.»
Jouer au baron Haussmann de l’orthographe suppose un travail d’orfèvre mené avec une prudence de chat tant les conservatismes sont grands, Claude Gruaz en est conscient. Il a passé sa vie à étudier la structure de l’orthographe française dans le laboratoire fondé par la grande historienne de l’orthographe, Nina Catach. A la retraite, il continue de ferrailler contre les pièges du français avec son réseau qui a le soutien de linguistes renommés comme Pierre Encrevé et André Chervel. Tous partagent une conviction, républicaine : la maîtrise de l’écrit est un levier de l’ascension sociale et celle de l’orthographe en est un rouage qui doit être accessible à tous. Or celle-ci chute en vrille depuis 1985, poursuivant une baisse amorcée un siècle auparavant, dans les années… 1880 (2). A cette époque, les disciplines enseignées sont diversifiées, réduisant de fait le temps dévolu à l’orthographe, ce qui répondait au vœu de modernisation de l’éducation exprimé par Jules Ferry. Le problème, c’est que l’écriture du français est restée l’une des plus difficiles au monde, et son apprentissage est bien trop chronophage.
Gruaz et ses compagnons ont de la peine «pour les pauvres gosses qui doivent apprendre tout cet embrouillamini», sans parler de l’obstacle que cette complexité représente pour les étrangers et le rayonnement de la francophonie. Ils s’agacent du conservatisme de ceux qui entretiennent l’idée d’une orthographe sacrée «patrimoine national»,irréformable, alors qu’elle l’a été maintes fois, avec plus ou moins de bonheur. Ainsi, en 1878, l’Académie a simplifié les mots d’origine grecque en décidant que dorénavant il n’y aurait pas plus de deux lettres grecques dans un mot ! «Rhythme» est devenu «rythme». Merci…
Démarche expérimentale
Que faire aujourd’hui, alors que les «rectifications orthographiques», inspirées par Nina Catach et votées par l’Académie en 1990, peinent à s’imposer? Peut-on imaginer plus ambitieux ? «Nous soutenons ces rectifications qui constituent une réelle avancée,dit Claude Gruaz, mais nous voulons aller plus loin. Elles touchent à beaucoup de problèmes - pluriel des noms composés et des nombres, accents circonflexes, etc. - qui concernent un faible nombre de mots, 2000 environ. Notre position est inverse. Nous étudions un à un des problèmes qui concernent de nombreux mots, et nous tentons de résoudre chacun d’eux en proposant une règle qui ne supporte pas d’exception et qui soit compréhensible par tous.» Comment ? «Par une démarche expérimentale. On analyse chaque problème sous plusieurs angles : histoire, place dans le système orthographique contemporain, usage. On émet des hypothèses sur la façon de le régler, on les expérimente en les testant sur le corpus informatisé du Robert et on valide la plus cohérente.»
Le collectif rationaliste s’est courageusement attaqué à deux problèmes majeurs dont les solutions ont fait l’objet de deux fascicules publiés l’an dernier (3). Le premier porte sur les mots finissant en x et propose de remplacer cette lettre par un s. De «bateaus» à «chevaus» et «radieus», 2 990 mots rejoindraient alors l’usage général, comme le font «landaus» et «pneus». L’histoire du x appuie cette suggestion. Au XIIe siècle, on disait «les chevals» en faisant sonner le l comme un u, ce qui a donné «chevaus». Mais, on a bientôt écrit la terminaison «us» avec un signe qui ressemblait au x: «chevaus» devient «chevax». Puis on a rétabli le u, mais sans supprimer le x : «chevax» devient «chevaux»... Ensuite, par analogie, le x s’est collé à certains mots terminés par u ou i- «chaux», «houx», «généreux»,«prix», «choix».
Le second problème que s’est coltiné le petit cercle, c’est le doublement aléatoire de la consonne dans les féminins et les mots dérivés d’un autre mot. «Partisan» donne «partisane» avec un n, mais «paysan» donne «paysanne» avec deux n… «Le doublement de consonnes a diverses origines, explique Claude Gruaz. L’une d’elle tient à l’histoire : jusqu’au XVIe siècle, on prononçait "bon/ne". Pour transcrire cette prononciation, l’usage s’est imposé de doubler le n. Puis la diction a changé. On dit aujourd’hui "bo/ne", mais le double n est resté. Du moins dans certains dérivés puisqu’on écrit jardin et jardinet.»
Dans son livret consacré à la question, le collectif a proposé de supprimer ces doublements de consonnes, ce qui revient à écrire «rationel». Procédant avec une prudence méticuleuse, le petit cercle avait laissé à un examen ultérieur le cas de figure particulier des mots, nombreux, où le doublement de consonnes est précédé d’un e. Enlever un t à «cadette», par exemple, impose d’ajouter un accent sur le e, et de procéder à deux modifications. Justifié? Historiquement, sans nul doute : nombre de consonnes doubles après le e sont dues au fait que les premiers imprimeurs n’avaient pas d’accents dans leurs casses pour restituer le son é ou è… Après concertation, le groupe s’était accordé pour supprimer, là aussi, le doublement de consonnes. L’objet de cette réunion hivernale, rue des Pyramides, est d’en examiner l’impact dans ses ultimes détails.
«Un accent plat »
Supprimer une consonne et mettre un e accent, oui, mais lequel ? Grave ou aigu ? «Là vous allez avoir un débat, la prononciation n’est pas unifiée en France»,dit avec un fort accent du sud, l’ex-militaire Jean-Claude Anizan. Le linguiste Ange Bizet, barbe imposante et puits de savoir, observe que l’accentuation des voyelles diffère selon les générations et les régions : «Les anciens distinguent "âge" et "bache", "pâtes" et "pattes". En Picardie, on dit "rose" avec un o ouvert.»«Et si on remplaçait les accents par un accent unique, horizontal, comme le proposait Nina Catach ?»suggère Camille Martinez qui vient de finir sa thèse sur les variations des orthographes dans les dictionnaires contemporains. Un vent de révolution menace. «Un accent plat ? On n’en est pas là», conclut prudemment Claude Gruaz. Michel Alessio, de la DGLFLF, spécialiste des langues de France, opine.
La nuit est tombée, la séance est levée. Une règle a finalement été établie et envoyée aux partenaires belges, québécois et suisses avant la publication d’un nouveau fascicule à paraître ce mois-ci,. Et après ? «Les chercheurs proposent, les usagers disposent, dit Claude Gruaz. Il n’est pas déraisonnable de penser qu’ils prendront conscience que l’orthographe française pourrait être plus rationnelle, et donc à la portée d’un plus grand nombre d’écrivants.» En attendant, il se réjouit du courrier adressé à son groupe de travail par l’Académie française qui, saluant la création de l’association, note que les travaux d’Erofa «lui sont de la plus grande utilité pour nourrir sa réflexion». De la part de l’institution qui veille aux destinées de la langue française, c’est le frémissement d’une reconnaissance.
(1) Etudes pour une rationalisation de l’orthographe française aujourd’hui. http://erofa.free.fr (2) Selon une enquête de Manès et Cogis (2007). Lire aussi l’Orthographe en crise à l’école par André Chervel, Ed.Retz, 2008. (3) Les consonnes doubles, féminins et dérivés et le X final, Ed.Lambert-Lucas, Limoges, 2009.
Le conservatisme rêgne sur la langue ! Osons la réforme ! vite !
L'article de Libération : redonne espoir !
"Un discret cercle de réflexion, auquel contribuent d’éminents linguistes, tente de rationaliser l’orthographe du français. Un travail de Titan."
Rendez vous rue des Pyramides à Paris, 14 h 30, au siège de la la Délégation générale à la langue française et aux langues de France (la DGLFLF) du ministère de la Culture . Montez au 4e, filez à gauche dans le couloir, happez une revue sur «l’intercompréhension entre locuteurs de langues apparentées» et une autre sur «l’illettrisme en France», ouvrez la porte du fond. Vous y êtes. Ils y sont. Onze hommes autour d’une table en U, de 27 à 83 ans. Présentations. Deux de la DGLFLF, spécialistes des langues de France, un linguiste de la commission nationale de toponymie, un tout jeune docteur en sciences du langage, trois enseignants (dont un Bruxellois), un militaire en retraite, un artiste-peintre licencié en lettres, un traducteur d’anglais dans un organisme onusien. Et au centre : Claude Gruaz, linguiste, directeur de recherche honoraire au CNRS. Un vétéran de la recherche sur l’orthographe du français, qui a dirigé, douze ans durant, l’unique laboratoire du CNRS dédié à ce thème.
C’est lui qui nous avait appelés après que s’étaient éteints les débats de rentrée sur les maltraitances de l’écriture. Le livre de François de Closets, Zéro faute, rendant grâce aux correcteurs informatiques, avait échauffé ce qui est selon l’écrivain «une passion française» pour l’orthographe. L’hiver venant, celle-ci s’était refroidie, mais pas partout. Pas chez les linguistes et «usagers de la langue» participant aux recherches du groupe «Etudes pour une rationalisation de l’orthographe française», collectif informel dont la réunion mensuelle est hébergée, cet après midi-là, par la DGLFLF. De ce discret cercle de réflexion fort de 28 membres et auquel contribuent d’éminents linguistes comme Micheline Sommant, auteure des dictées de Pivot et professeure à la Sorbonne, Michèle Lenoble-Pinson (université de Bruxelles) ou Annie Desnoyers (université de Montréal) est issue en octobre l’association Erofa, ouverte au plus grand public (1).
«Guillerète» et «zigounète»
«Pourquoi écrire "aquarelle"avec un e sans accent et deux l, mais "modèle" avec un e accentué et un seul l ? "Antenne" avec deux n, mais "arène" avec un seul n ? "Toilettage" avec deux t, mais "étage" avec un seul t ?» Bref, peut-on en finir avec cet arbitraire? C’est l’épineuse question à l’ordre du jour. Elle va engager deux heures de débats vifs. Le doublement de consonne après le e constitue l’une des grandes difficultés de l’orthographe, répondant à des règles compliquées assorties d’un régiment d’exceptions. Le collectif étudie une solution : opter systématiquement pour le e accentué. En vertu de quoi, 2 500 mots seraient modifiés, de «abérant» à «endéter», «guillerète» et «zigounète»… Déraisonnable ? Rationnel. «Comprenez bien, nous avait prévenu Claude Gruaz. Nous ne croyons pas au grand soir orthographique, à une réforme outrancière qui ferait hurler tout le monde et ne passerait jamais. Encore moins à un système phonographique, absurde ! Imaginez, on écrirait "porter", "portée", portées", "portai", "portait", "portaient" avec deux graphies : "porté" et "portè" ! Non, nous menons modestement des études pour voir s’il est possible de ra-tio-na-li-ser l’orthographe. C’est-à-dire renforcer, autant que possible, les régularités qui structurent l’écriture du français.» Un exemple ? «Le pluriel des noms s’écrit le plus souvent avec s. Mais parfois avec un x : "choux", "chevaux"… Il y a donc deux possibilités. Et bien, c’est une de trop !» Claude Gruaz a trouvé la métaphore : «L’orthographe du français est comparable au Paris d’avant 1850 : un ensemble de rues et d’impasses qui s’enchevêtrent et dans lesquelles on ne s’aventure jamais sans redouter un traquenard. Nous voulons remplacer ce dédale par de grandes avenues où l’on circulerait aisément.»
Jouer au baron Haussmann de l’orthographe suppose un travail d’orfèvre mené avec une prudence de chat tant les conservatismes sont grands, Claude Gruaz en est conscient. Il a passé sa vie à étudier la structure de l’orthographe française dans le laboratoire fondé par la grande historienne de l’orthographe, Nina Catach. A la retraite, il continue de ferrailler contre les pièges du français avec son réseau qui a le soutien de linguistes renommés comme Pierre Encrevé et André Chervel. Tous partagent une conviction, républicaine : la maîtrise de l’écrit est un levier de l’ascension sociale et celle de l’orthographe en est un rouage qui doit être accessible à tous. Or celle-ci chute en vrille depuis 1985, poursuivant une baisse amorcée un siècle auparavant, dans les années… 1880 (2). A cette époque, les disciplines enseignées sont diversifiées, réduisant de fait le temps dévolu à l’orthographe, ce qui répondait au vœu de modernisation de l’éducation exprimé par Jules Ferry. Le problème, c’est que l’écriture du français est restée l’une des plus difficiles au monde, et son apprentissage est bien trop chronophage.
Gruaz et ses compagnons ont de la peine «pour les pauvres gosses qui doivent apprendre tout cet embrouillamini», sans parler de l’obstacle que cette complexité représente pour les étrangers et le rayonnement de la francophonie. Ils s’agacent du conservatisme de ceux qui entretiennent l’idée d’une orthographe sacrée «patrimoine national»,irréformable, alors qu’elle l’a été maintes fois, avec plus ou moins de bonheur. Ainsi, en 1878, l’Académie a simplifié les mots d’origine grecque en décidant que dorénavant il n’y aurait pas plus de deux lettres grecques dans un mot ! «Rhythme» est devenu «rythme». Merci…
Démarche expérimentale
Que faire aujourd’hui, alors que les «rectifications orthographiques», inspirées par Nina Catach et votées par l’Académie en 1990, peinent à s’imposer? Peut-on imaginer plus ambitieux ? «Nous soutenons ces rectifications qui constituent une réelle avancée,dit Claude Gruaz, mais nous voulons aller plus loin. Elles touchent à beaucoup de problèmes - pluriel des noms composés et des nombres, accents circonflexes, etc. - qui concernent un faible nombre de mots, 2000 environ. Notre position est inverse. Nous étudions un à un des problèmes qui concernent de nombreux mots, et nous tentons de résoudre chacun d’eux en proposant une règle qui ne supporte pas d’exception et qui soit compréhensible par tous.» Comment ? «Par une démarche expérimentale. On analyse chaque problème sous plusieurs angles : histoire, place dans le système orthographique contemporain, usage. On émet des hypothèses sur la façon de le régler, on les expérimente en les testant sur le corpus informatisé du Robert et on valide la plus cohérente.»
Le collectif rationaliste s’est courageusement attaqué à deux problèmes majeurs dont les solutions ont fait l’objet de deux fascicules publiés l’an dernier (3). Le premier porte sur les mots finissant en x et propose de remplacer cette lettre par un s. De «bateaus» à «chevaus» et «radieus», 2 990 mots rejoindraient alors l’usage général, comme le font «landaus» et «pneus». L’histoire du x appuie cette suggestion. Au XIIe siècle, on disait «les chevals» en faisant sonner le l comme un u, ce qui a donné «chevaus». Mais, on a bientôt écrit la terminaison «us» avec un signe qui ressemblait au x: «chevaus» devient «chevax». Puis on a rétabli le u, mais sans supprimer le x : «chevax» devient «chevaux»... Ensuite, par analogie, le x s’est collé à certains mots terminés par u ou i- «chaux», «houx», «généreux»,«prix», «choix».
Le second problème que s’est coltiné le petit cercle, c’est le doublement aléatoire de la consonne dans les féminins et les mots dérivés d’un autre mot. «Partisan» donne «partisane» avec un n, mais «paysan» donne «paysanne» avec deux n… «Le doublement de consonnes a diverses origines, explique Claude Gruaz. L’une d’elle tient à l’histoire : jusqu’au XVIe siècle, on prononçait "bon/ne". Pour transcrire cette prononciation, l’usage s’est imposé de doubler le n. Puis la diction a changé. On dit aujourd’hui "bo/ne", mais le double n est resté. Du moins dans certains dérivés puisqu’on écrit jardin et jardinet.»
Dans son livret consacré à la question, le collectif a proposé de supprimer ces doublements de consonnes, ce qui revient à écrire «rationel». Procédant avec une prudence méticuleuse, le petit cercle avait laissé à un examen ultérieur le cas de figure particulier des mots, nombreux, où le doublement de consonnes est précédé d’un e. Enlever un t à «cadette», par exemple, impose d’ajouter un accent sur le e, et de procéder à deux modifications. Justifié? Historiquement, sans nul doute : nombre de consonnes doubles après le e sont dues au fait que les premiers imprimeurs n’avaient pas d’accents dans leurs casses pour restituer le son é ou è… Après concertation, le groupe s’était accordé pour supprimer, là aussi, le doublement de consonnes. L’objet de cette réunion hivernale, rue des Pyramides, est d’en examiner l’impact dans ses ultimes détails.
«Un accent plat »
Supprimer une consonne et mettre un e accent, oui, mais lequel ? Grave ou aigu ? «Là vous allez avoir un débat, la prononciation n’est pas unifiée en France»,dit avec un fort accent du sud, l’ex-militaire Jean-Claude Anizan. Le linguiste Ange Bizet, barbe imposante et puits de savoir, observe que l’accentuation des voyelles diffère selon les générations et les régions : «Les anciens distinguent "âge" et "bache", "pâtes" et "pattes". En Picardie, on dit "rose" avec un o ouvert.»«Et si on remplaçait les accents par un accent unique, horizontal, comme le proposait Nina Catach ?»suggère Camille Martinez qui vient de finir sa thèse sur les variations des orthographes dans les dictionnaires contemporains. Un vent de révolution menace. «Un accent plat ? On n’en est pas là», conclut prudemment Claude Gruaz. Michel Alessio, de la DGLFLF, spécialiste des langues de France, opine.
La nuit est tombée, la séance est levée. Une règle a finalement été établie et envoyée aux partenaires belges, québécois et suisses avant la publication d’un nouveau fascicule à paraître ce mois-ci,. Et après ? «Les chercheurs proposent, les usagers disposent, dit Claude Gruaz. Il n’est pas déraisonnable de penser qu’ils prendront conscience que l’orthographe française pourrait être plus rationnelle, et donc à la portée d’un plus grand nombre d’écrivants.» En attendant, il se réjouit du courrier adressé à son groupe de travail par l’Académie française qui, saluant la création de l’association, note que les travaux d’Erofa «lui sont de la plus grande utilité pour nourrir sa réflexion». De la part de l’institution qui veille aux destinées de la langue française, c’est le frémissement d’une reconnaissance.
(1) Etudes pour une rationalisation de l’orthographe française aujourd’hui. http://erofa.free.fr (2) Selon une enquête de Manès et Cogis (2007). Lire aussi l’Orthographe en crise à l’école par André Chervel, Ed.Retz, 2008. (3) Les consonnes doubles, féminins et dérivés et le X final, Ed.Lambert-Lucas, Limoges, 2009.
dimanche 17 janvier 2010
L'urgence de refonder un Islam éclairé, à l'instar du Christianisme et du Judaïsme modernes.
Après avoir rappelé que les occidentaux ont largement encouragé les fanatiques religieux à compromettre le panarabisme grandissant... on peut souhaiter, dans le cadre des preceptes laïcs, que l'Islam trouve une place plus pacifique au sein des pays musulmans, à l'instar des autres religions. Education des peuples et courage des élites en seront la clé.
La majorité des peuples est pacifique. Les freins sont-ils politiques ?
"Manifeste Pour Un Islam Des Lumières - 27 Propositions Pour Réformer L'islam"
de Malek Chebel
Résumé :
Associer l'islam aux Lumières peut paraître ambitieux et téméraire. Il n'en est rien. Cette relation est inscrite dans la dynamique amorcée au XIXe siècle et poursuivie par les nombreux réformistes qui ont voulu changer le visage de cette religion en s'appuyant sur le travail de la raison. Ces penseurs ont été taxés d'hérésie. Aujourd'hui, le débat est plus que jamais d'actualité : l'islam est-il compatible avec la République ? Quelle est la place et le statut de la parole libre, de la laïcité, de l'égalité des sexes, de la tolérance ou de la démocratie ? Faut-il adapter l'islam à la modernité ou au contraire adapter la modernité à l'islam, ainsi que le prétendent les fondamentalistes ? En vingt-sept propositions, Malek Chebel répond à ces interrogations sans masquer les contradictions de l'islam ni éluder les questions difficiles. Interprétation des textes, guerre sainte et fetwa, statut de la femme, corruption, châtiments corporels, crime d'honneur et assassinat politique, démocratie, liberté d'expression et de conscience... tels sont quelques-uns des thèmes qu'aborde l'auteur de ce manifeste appelé à devenir la charte d'un islam nouveau. Malek Chebel se fait ici le théoricien de l' autre islam , un islam fondé sur le réel, dynamique et moderne, tolérant et positif, mais surtout capable de s'insérer dans le monde d'aujourd'hui et de demain.
A propos de l'auteur :
Malek Chebel, anthropologue, est l'un des meilleurs connaisseurs du monde arabe et de l'islam. Il a notamment publié le Dictionnaire des symboles musulmans (Albin Michel, 2003), Psychanalyse des Mille et Une Nuits (Payot, 2002), Le Sujet en Islam (Seuil, 2002) et le Dictionnaire amoureux de l'Islam (Plon, 2004).
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Interview de Abdelwahab Meddeb : Libérons l'Islam
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MODERNISER L'ISLAM, UN ENJEU POUR LA DIASPORA
Par Salman RUSHDIE
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Annexe : Interview d'un chiite modéré, favorable à un état laïque.
Et pour conclure, notre Regis Debray qui commente cette problématique.
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Veilleur.Blog.lemonde.fr :
Le Dr Tahir Al-Qadri (photo), érudit soufiste et influent spécialiste de la loi islamique, est sur le point de publier à Londres une fatwa contre le terrorisme et les attentats-suicides, rapporte aujourd’hui la BBC.
Les 600 pages de son avis juridique discréditent l’idéologie violente de l’organisation terroriste Al-Qaïda, décrite comme un « vieux démon avec un nouveau nom » qui n’a pas été suffisamment combattu. Dans sa fatwa, le Dr Qadri souligne que l’Islam interdit le massacre de citoyens innocents et les attentats-suicides.
De nombreux érudits ont émis des jugements similaires par le passé, mais le document imposant du Dr Qadri semble aller bien plus loin. A l’aide d’arguments théologiques, il démonte point par point la rhétorique utilisée par les recruteurs d’Al-Qaïda, s’opposant notamment aux promesses faites aux kamikazes à propos des récompenses accordées après la mort.
D’origine pakistanaise, âgé de 59 ans, le Dr Qadri a élaboré son texte l’an dernier en réponse au nombre croissant d’attentats à travers le Pakistan. Son organisation, Minhaj ul-Quran International, se chargera de défendre le document au Royaume-Uni, où elle compte quelque 5.000 membres.
Ancien ministre et collaborateur de la Premier ministre assassinée Benazir Bhutto, le Dr Qadri parcourt le monde pour promouvoir ces idées lors de conférences. Il avait été un des premiers leaders musulmans à condamner les attentats du 11 septembre 2001. Il s’est dit poussé à rédiger cette fatwa contre le terrorisme en constatant la radicalisation des musulmans britanniques sur les campus et le silence complice de nombre de leurs leaders. « Cette fatwa sème le doute dans l’esprit des kamikazes potentiels », a estimé Shahid Mursaleen, porte-parole britannique de Minhaj-ul-Quran. « Les groupes extrémistes basés en Grande-Bretagne recrutent les jeunes en leur faisant un lavage de cerveau, en leur garantissant “avec certitude” qu’ils seront récompensés dans l’au-delà. La fatwa du Dr Qadri enlève ce facteur-clé de leur esprit », a-t-il expliqué.
samedi 16 janvier 2010
Haïti : Chronique d’une catastrophe annoncée : homicide par inaction internationale ?
Alors que le Tsunami en Asie avait démontré l'indifférence des pays riches à prévenir les catastrophes dans les pays pauvres, équipant les cotes riches de dispositifs d'alerte, rien n'a changé.
Pour Haïti, c'est la même chose. C'était prévu, on a rien fait.
Le modèle démocratique actuel est donc discrédité. Une nouvelle éthique doit être incarnée par les prochains dirigeants mondiaux et français.
D'autant que le symbole est fort : à négliger les zones pauvres, les riches finissent par être inéluctablement touchés: ici le palais présidentiel, là les occidentaux écrasés sous les décombres.
D'autant que le symbole est fort : à négliger les zones pauvres, les riches finissent par être inéluctablement touchés: ici le palais présidentiel, là les occidentaux écrasés sous les décombres.
Le scénario était écrit dès 2008. «Toutes les conditions sont réunies pour qu’un séisme majeur se produise à Port-au-Prince. Les habitants de la capitale
haïtienne doivent s’y préparer. Cette catastrophe finira, tôt ou tard, par arriver.» Cette mise en garde de Patrick Charles, 65 ans, ancien professeur à l’Institut de géologie appliquée à La Havane, date d’il y a un an et demi.
haïtienne doivent s’y préparer. Cette catastrophe finira, tôt ou tard, par arriver.» Cette mise en garde de Patrick Charles, 65 ans, ancien professeur à l’Institut de géologie appliquée à La Havane, date d’il y a un an et demi.
Dans une interview accordée au quotidien haïtien Le Matin, le scientifique avait prédit le tremblement de terre qui s’est produit mardi. «L’imminence du danger se précise», avait-il expliqué, en appelant à «agir pour sauver ce qui peut encore l’être».
Construite sur une faille
«Port-au-Prince est construite sur une grande faille qui part de Pétion-Ville, traverse toute la presqu’île du sud pour aboutir à Tiburon. En 1751 et en 1771, cette ville a été totalement détruite par un séisme. Je parie mes yeux que cela se reproduira. La science peut aisément le confirmer.»
Même son de cloche du côté du Bureau des mines et de l’energie (BME), qui dépend du Ministère des travaux publics de Haïti. «Durant deux siècles, aucun séisme majeur n’a été enregistré dans la capitale haïtienne. La quantité accumulée entre les failles nous fait courir le risque d’un séisme de 7,2 d’amplitude sur l’échelle de Richter. Mieux vaut ne pas en parler, il ne faut pas paniquer. Mais ce serait une catastrophe», avait admis à la même époque Dieuseul Anglade, le responsable du BME.
Aucune politique de prévention
Le gouvernement haïtien était donc informé du risque sismique depuis des années. Mais, comme le plus souvent dans les pays pauvres, aucune politique de prévention susceptible de limiter les dégâts n’a été mise en place.
Cependant, le manque de constructions antisismiques et l’absence de préparation de la population ne suffisent pas à expliquer l’ampleur des dégâts. Selon Yann Klinger, un spécialiste de tectonique des plaques à l’Institut de physique du globe de Paris (IPG), interrogé par l’AFP, l’effet dévastateur de ce séisme s’explique par le fait qu’il s’est produit près de la surface, à environ 10 km de profondeur sous la croûte terrestre.
«C’est un séisme lié à une faille en décrochement qui génère un mouvement horizontal. Il s’est produit à la limite nord de la plaque Antilles par rapport à la plaque nord-américaine.» Cette faille était connue, elle était cartographiée, a-t-il confirmé à son tour.
[...]«Cette fois, les élites aussi sont touchées!»
Au moins cette fois-ci, note Jean-Edouard Rigaud, il faudra bien que les autorités prennent au sérieux les problèmes. D’habitude, ce sont les pauvres en province qui sont frappés par les catastrophes. Là, c’est aussi la capitale et ses élites. Même le palais présidentiel a été touché. Et il est quatre fois plus grand que la Maison-Blanche!» Tout un symbole.
[...]
Mon commentaire :
Pendant ce temps là l'argent coule à flots. Certains humains valent beaucoup plus que d'autres...
http://www.facebook.com/photo.php?pid=3955484&id=702736959
"La valeur des actifs de Clearstream conservés en dépôt pour la clientèle a progressé de 5 % à 10.700 milliards d'euros en décembre. L’année a également été marquée pour la chambre de compensation par une baisse de 1 % des transactions de dénouement internationales."
mercredi 13 janvier 2010
"Eloge de la métamorphose, par Edgar Morin"
La hauteur de vue d'un philosophe qu'on aime entendre...
"Le Monde" : "Eloge de la métamorphose, par Edgar Morin."
Quand un système est incapable de traiter ses problèmes vitaux, il se dégrade, se désintègre ou alors il est capable de susciter un meta-système à même de traiter ses problèmes : il se métamorphose. Le système Terre est incapable de s'organiser pour traiter ses problèmes vitaux : périls nucléaires qui s'aggravent avec la dissémination et peut-être la privatisation de l'arme atomique ; dégradation de la biosphère ; économie mondiale sans vraie régulation ; retour des famines ; conflits ethno-politico-religieux tendant à se développer en guerres de civilisation.
Le probable est la désintégration. L'improbable mais possible est la métamorphose. Qu'est-ce qu'une métamorphose ? Nous en voyons d'innombrables exemples dans le règne animal. La chenille qui s'enferme dans une chrysalide commence alors un processus à la fois d'autodestruction et d'autoreconstruction, selon une organisation et une forme de papillon, autre que la chenille, tout en demeurant le même. La naissance de la vie peut être conçue comme la métamorphose d'une organisation physico-chimique, qui, arrivée à un point de saturation, a créé la méta-organisation vivante, laquelle, tout en comportant les mêmes constituants physico-chimiques, a produit des qualités nouvelles.

La formation des sociétés historiques, au Moyen-Orient, en Inde, en Chine, au Mexique, au Pérou constitue une métamorphose à partir d'un agrégat de sociétés archaïques de chasseurs-cueilleurs, qui a produit les villes, l'Etat, les classes sociales, la spécialisation du travail, les grandes religions, l'architecture, les arts, la littérature, la philosophie. Et cela aussi pour le pire : la guerre, l'esclavage. A partir du XXIe siècle se pose le problème de la métamorphose des sociétés historiques en une société-monde d'un type nouveau, qui engloberait les Etats-nations sans les supprimer. Car la poursuite de l'histoire, c'est-à-dire des guerres, par des Etats disposant des armes d'anéantissement, conduit à la quasi-destruction de l'humanité. Alors que, pour Fukuyama, les capacités créatrices de l'évolution humaine sont épuisées avec la démocratie représentative et l'économie libérale, nous devons penser qu'au contraire c'est l'histoire qui est épuisée et non les capacités créatrices de l'humanité.
L'idée de métamorphose, plus riche que l'idée de révolution, en garde la radicalité transformatrice, mais la lie à la conservation (de la vie, de l'héritage des cultures). Pour aller vers la métamorphose, comment changer de voie ? Mais s'il semble possible d'en corriger certains maux, il est impossible de même freiner le déferlement techno-scientifico-économico-civilisationnel qui conduit la planète aux désastres. Et pourtant l'Histoire humaine a souvent changé de voie. Tout commence, toujours, par une innovation, un nouveau message déviant, marginal, modeste, souvent invisible aux contemporains. Ainsi ont commencé les grandes religions : bouddhisme, christianisme, islam. Le capitalisme se développa en parasite des sociétés féodales pour finalement prendre son essor et, avec l'aide des royautés, les désintégrer.
La science moderne s'est formée à partir de quelques esprits déviants dispersés, Galilée, Bacon, Descartes, puis créa ses réseaux et ses associations, s'introduisit dans les universités au XIXe siècle, puis au XXe siècle dans les économies et les Etats pour devenir l'un des quatre puissants moteurs du vaisseau spatial Terre. Le socialisme est né dans quelques esprits autodidactes et marginalisés au XIXe siècle pour devenir une formidable force historique au XXe. Aujourd'hui, tout est à repenser. Tout est à recommencer.
Tout en fait a recommencé, mais sans qu'on le sache. Nous en sommes au stade de commencements, modestes, invisibles, marginaux, dispersés. Car il existe déjà, sur tous les continents, un bouillonnement créatif, une multitude d'initiatives locales, dans le sens de la régénération économique, ou sociale, ou politique, ou cognitive, ou éducationnelle, ou éthique, ou de la réforme de vie.
Ces initiatives ne se connaissent pas les unes les autres, nulle administration ne les dénombre, nul parti n'en prend connaissance. Mais elles sont le vivier du futur. Il s'agit de les reconnaître, de les recenser, de les collationner, de les répertorier, et de les conjuguer en une pluralité de chemins réformateurs. Ce sont ces voies multiples qui pourront, en se développant conjointement, se conjuguer pour former la voie nouvelle, laquelle nous mènerait vers l'encore invisible et inconcevable métamorphose. Pour élaborer les voies qui se rejoindront dans la Voie, il nous faut nous dégager d'alternatives bornées, auxquelles nous contraint le monde de connaissance et de pensée hégémoniques. Ainsi il faut à la fois mondialiser et démondialiser, croître et décroître, développer et envelopper.
L'orientation mondialisation/démon-dialisation signifie que, s'il faut multiplier les processus de communication et de planétarisation culturelles, s'il faut que se constitue une conscience de "Terre-patrie", il faut aussi promouvoir, de façon démondialisante, l'alimentation de proximité, les artisanats de proximité, les commerces de proximité, le maraîchage périurbain, les communautés locales et régionales.
L'orientation "croissance/décroissan-ce" signifie qu'il faut faire croître les services, les énergies vertes, les transports publics, l'économie plurielle dont l'économie sociale et solidaire, les aménagements d'humanisation des mégapoles, les agricultures et élevages fermiers et biologiques, mais décroître les intoxications consommationnistes, la nourriture industrialisée, la production d'objets jetables et non réparables, le trafic automobile, le trafic camion (au profit du ferroutage).
L'orientation développement/envelop-pement signifie que l'objectif n'est plus fondamentalement le développement des biens matériels, de l'efficacité, de la rentabilité, du calculable, il est aussi le retour de chacun sur ses besoins intérieurs, le grand retour à la vie intérieure et au primat de la compréhension d'autrui, de l'amour et de l'amitié.
1. Le surgissement de l'improbable. Ainsi la résistance victorieuse par deux fois de la petite Athènes à la formidable puissance perse, cinq siècles avant notre ère, fut hautement improbable et permit la naissance de la démocratie et celle de la philosophie. De même fut inattendue la congélation de l'offensive allemande devant Moscou en automne 1941, puis improbable la contre-offensive victorieuse de Joukov commencée le 5 décembre, et suivie le 8 décembre par l'attaque de Pearl Harbor qui fit entrer les Etats-Unis dans la guerre mondiale.
2. Les vertus génératrices/créatrices inhérentes à l'humanité. De même qu'il existe dans tout organisme humain adulte des cellules souches dotées des aptitudes polyvalentes (totipotentes) propres aux cellules embryonnaires, mais inactivées, de même il existe en tout être humain, en toute société humaine des vertus régénératrices, génératrices, créatrices à l'état dormant ou inhibé.
3. Les vertus de la crise. En même temps que des forces régressives ou désintégratrices, les forces génératrices créatrices s'éveillent dans la crise planétaire de l'humanité.
4. Ce à quoi se combinent les vertus du péril : "Là où croît le péril croît aussi ce qui sauve." La chance suprême est inséparable du risque suprême.
5. L'aspiration multimillénaire de l'humanité à l'harmonie (paradis, puis utopies, puis idéologies libertaire /socialiste/communiste, puis aspirations et révoltes juvéniles des années 1960). Cette aspiration renaît dans le grouillement des initiatives multiples et dispersées qui pourront nourrir les voies réformatrices, vouées à se rejoindre dans la voie nouvelle.
L'espérance était morte. Les vieilles générations sont désabusées des faux espoirs. Les jeunes générations se désolent qu'il n'y ait plus de cause comme celle de notre résistance durant la seconde guerre mondiale. Mais notre cause portait en elle-même son contraire. Comme disait Vassili Grossman de Stalingrad, la plus grande victoire de l'humanité était en même temps sa plus grande défaite, puisque le totalitarisme stalinien en sortait vainqueur. La victoire des démocraties rétablissait du même coup leur colonialisme. Aujourd'hui, la cause est sans équivoque, sublime : il s'agit de sauver l'humanité.
L'espérance vraie sait qu'elle n'est pas certitude. C'est l'espérance non pas au meilleur des mondes, mais en un monde meilleur. L'origine est devant nous, disait Heidegger. La métamorphose serait effectivement une nouvelle origine.
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Sociologue et philosophe. Né en 1921, est directeur de recherches émérite au CNRS, président de l'Agence européenne pour la culture (Unesco) et président de l'Association pour la pensée complexe. En 2009, iI a notamment publié "Edwige, l'inséparable" (Fayard). A lire également, "La Pensée tourbillonnaire - Introduction à la pensée d'", de Jean Tellez (éditions Germina)
Libellés :
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